Monstres

Au pied de l’immeuble
S’entassent pèle – mêle
Les matelas des amours las
Des baignoires vidées d’espoir
Des étagères fatiguées
D’avoir porté des kilos de mauvaises pensées
Des portes sorties de leurs gonds
A force d’être claquées
Des commodes incommodées
Des chambres à air, des mats cramés
Des pick-up sans air
Des voltaires usés
Des tables bancales
Des souvenirs de Cancale
Les emballages vides
De leurs vies consommées
Sur le trottoir
S’ils pouvaient jeter
Leurs sentiments périmés
Tout ce qui encombre
Leur vie trop bien rangée
Le peu de compassion
Qui finit de crever
Dans leurs cœurs desséchés
Finir de congeler
L’enfant qu’ils étaient
Pour vivre sur écran plat
Une vie pro-format
On verrait que les monstres
Ne sont pas toujours ceux que l’on croit…
© Patricia Fort.
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